Requiem


      Toi dans ta violence tu me brises, moi dans la souffrance je te griffe. Nos relations se résument ainsi d’apparence. Je dis bien d’apparence. Véritablement on ne les résume plus, on les regarde sans comprendre. Tant leur complexité nous dépasse nous même, la frontière du bien et du mal s’est brouillée, sans savoir à quel moment précis. Elle a disparu du moins, de cela j’en suis certaine. Je passerais un temps infini à décrypter nos mimiques si je le voulais, mais comme tout amour qui se meure, il en va de même pour notre curiosité. Les murmures affectueux que tu m’adressais se sont évaporés dans les méandres de ma mémoire passée. Je te mens chaque fois que je te dis « Je t’aime ». La seule vérité est celle des insultes criées. Je suis hilare devant notre ballet amoureux, notre symbiose si bien affichée en public. Jamais je n’ai été autant sur la même longueur d’onde que toi que depuis que je prétends t’aimer. Comme quoi, l’amour, c’est très surfait. La haine est authentique. Elle. Ma colère ne se cache plus.

         Hier encore, j’aurai tout donné pour te voir souffrir rien qu’un petit peu. Oui tu peuples tous mes rêves, tu crèves et moi je te regarde avec le sourire d’une bienheureuse, de petits chérubins flottants autour de ma tête. Je pleure à travers tes yeux, je hurle à l’intérieur de ta gorge, je suffoque, je suis toi. L’extase totale. Le pied absolu. Tu es divin mon amour, la seule personne capable de me faire perdre pied. Avant toi, je ne connaissais rien de ce monde sordide, mais dès le premier sang versé... Tu te souviens, pas vrai ? Tu m'as dit : "Garde les yeux bien ouverts chéri". Tu te rappelles ? Dis-le pour voir. J'ai tort ? Comment ça "pardon" ? Pourquoi ? C'est vrai que pour dépasser ta folie il m'a fallu la souffrir, longtemps, si longuement que j'ai cru devoir mourir. Mais pour mourir, il faudrait déjà être en vie ! Ce que je pouvais être bête. La vie c'est pour les gens normaux. Ceux qui pensent aux lendemains. Pas pour les rats comme nous. Tais-toi ! Je me fiche de savoir que tu as peur !

            Oh bébé excuse-moi... Tu as mal ? Et là ? J'enlève cette aiguille, regarde. Là, ça va mieux mon ciel ? Que dis-tu ? Je me trompe ? Tu serais ma victime ? Je suis folle ? Mon amour, tu n'as pas dû bien entendre ce que j'ai dis. Tes oreilles ne fonctionnent-elles plus ? Dans ce cas, j'arrache celle-là. Elle t'encombre. Tu peux cogner, tes coups ne porteront pas. L'entrave est forte. Plus forte que toi. Et tu as vu ? Une entrave, c'est féminin. C'est une femme qui te domine, toi le fort, le masculin. J'aime tes cris. Ils résonnent à l'intérieur de mon corps, me font vibrer. J'ai l'impression de ressentir le même frisson qu'autrefois lorsque j'étais nue, frémissante, désincarnée entre tes bras. Cette onde de choc fulgurante ! Oui ! Je la connais ! Qu'elle vienne à moi, je suis prête, qu'elle m'embrasse de ses pourtours indécents ! Je la possède maintenant tu vois. Je la contrôle. Ce n'est plus toi. Tu es déchu. Éteint. Comme notre amour, notre passion aussi destructrice qu'un feu de forêt, elle s'est estompée, juste après nous avoir dévorés. Oui, toi aussi ! Toi aussi, elle t'a dévoré. Ouvre les yeux ! Tu n'es plus que l'ombre de ton passé. Alors que moi ! De notre passion consumée, j'émerge. Tel le phénix, de tes flammes, je renais. Comme si je n'avais jamais été. Ou comme si tout mon être avait été construit autour et pour cet ultime instant. Ton ultime instant. Car, oui ! J'ai été nommée juge par le Tout-puissant ! Juge de ton âme impie, juge de ton existence exécrable, c'est moi que Dieu a désigné pour t'escorter jusqu'aux tréfonds même de l'enfer. Meurs mon amour. Chut. Ne pleure pas mon fiel, car c'est promis, dans notre prochaine vie, je serais aussi douce que le miel. 





Commentaires

  1. Ces phrases sont si joliment entremêlés et en même temps, si abrupt dans son contenu. C'est beau, vraiment beau. Ce texte est très poignant par la tristesse et la colère qu'elle transmet. Ta plume navigue parfaitement au sein des mots et retranscrit à merveille les émotions que tu ressens, si fugaces et spontanées, et les sentiments, si emprunt par leur persistance dans le temps.

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